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L'association AEK - 4) 1991 - 2001 : la longue marche vers la reconnaissance

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1991 - 2001 : la longue marche vers la reconnaissance

Il pleut sur Bayonne. Doucement mais sûrement. Le ciel est bas et il fait froid. 7 heures du matin en ce dimanche 24 mars 91 alors que des dizaines de bénévoles des Gau Eskola se rassemblent au bar Lagunekin dans la rue Pannecau. Grimaces sur les visages. Dans six heures la 7ème korrika arrive à Bayonne. Pour la première fois en Pays basque Nord. Un défi pour l'association. Un an qu'on y pense, qu'on s'y prépare, qu'on en rêve. Des réunions par dizaines pour imaginer l'événement, rassembler et tester les idées de chacun-e, puis tout décider et tout organiser : le dernier kilomètre, l'arrivée et la fête qui suivra. Et puis l'impondérable, une météo exécrable, au point que l'expression fera date chez les responsables d'AEK : " un temps d'arrivée de korrika. ". Trêve de morosité. Faire ce qui est prévu. Il n'y a pas de plan B. Dernières consignes, dernier café avalé d'un trait et capuche sur la tête chacun-e s'en va occuper son poste.

Logo de la Korrika 7
Logo de la Korrika 7

La korrika a pris une heure de retard et l'attente pour le dernier kilomètre au carrefour Saint Léon vire au cauchemar. Pourtant la foule trempée jusqu'aux os reste stoïque en battant la semelle. Et la voilà. Ou plutôt le voilà, car tout le monde tend le cou pour repérer le porteur du témoin et entrer au plus vite dans le flot des coureurs. Jambes engourdies, chaussures remplies d'eau mais le plaisir d'être là, aux coudes à coudes et de s'époumoner en reprenant les slogans.

Joyeuse pagaille. Inévitable. Les équipes de sécurité sont insuffisantes. Réagir en automate. Avoir l'œil partout, essayer de canaliser la foule, de mettre chacun à sa place pour que la descente des allées Paulmy ressemble un peu a ce qu'on a tant de fois imaginé. Impression d'être dans un film au ralenti. Encore 200 mètres. La foule a envahi la chaussée. Marée noire de parapluies qui tranche sur les couleurs vives des vêtements de pluie. Le vacarme assourdissant de ces maudits joaldun mélangé aux cris et à la sono. Il faut hurler pour se frayer un chemin, sans s'arrêter, jusqu'au kiosque.

La journée se terminera tant bien que mal. Dans la bonne humeur pour la majorité des participant-e-s agglutiné-e-s dans les bars embués et enfumés. Dans la frustration et l'énervement pour les organisateurs : concerts annulés, programme réduit, recettes amputées, lacunes de l'organisation. Cette journée marquait pourtant le début d'une décennie riche en combats mais fructueuse en avancées pour le mouvement en faveur de l'euskara et AEK en particulier.

Pays basque 2010

L'événement majeur des années 90, au regard de ses conséquences pour l'évolution du Pays basque Nord fut le lancement de la réflexion Pays basque 2010 en 92 sur l'initiative du gouvernement socialiste. Elle enclenchera un mouvement d'institutionnalisation rampante du Pays basque Nord en tant que territoire spécifique. Un conseil de développement (proposé 10 ans plus tôt par la mission Ravail !) regroupant différents secteurs de la société civile ainsi que des élus et responsables de l'administration sera crée en 94 puis à ses côtés, un conseil des Elus. Ces deux structures élaboreront en 96 un Schéma d'aménagement pour le Pays basque contenant un chapitre sur la langue de dix mesures, première reconnaissance d'une problématique linguistique par les Pouvoirs publics. La mise en route prendra quatre ans de plus et il faudra batailler ferme pour concrétiser les orientations mises sur le papier, vaincre les mauvaises volontés, secouer les inerties.

Ces évolutions auront des répercussions politiques sans doute à l'opposé de celles espérées par les initiateurs de la démarche en 92. En effet loin de diluer la soif de reconnaissance identitaire, linguistique et institutionnelle et plus précisément la revendication abertzale, les démarches entreprises, les débats suscités, les mesures retenues vont mettre à nu pour de plus en plus de monde la carence d'institutions, de cadres législatifs et de structures propres au Pays basque pour mener et contrôler un développement harmonieux. Ainsi à partir de la fin 96 avec le référendum des maires sur la création d'un département Pays basque, les campagnes des mouvements politiques abertzale, du syndicat ELB et les mobilisations répétées d'Euskal Konfederazioa, un mouvement populaire de plus en plus large va s'exprimer en faveur d'un département, d'une politique linguistique et notamment une officialisation de la langue basque, d'une chambre d'agriculture, d'une université de plein exercice, obligeant la classe politique locale ainsi que le pouvoir, si ce n'est à céder, tout au mois à changer de discours et à proposer des réponses.

Mobilisations non-stop pour l'euskara

Logo de ehe
Logo de EHE

Pour le mouvement en faveur de la ré-appropriation linguistique la décennie démarre avec une nouveauté de taille : la publication d'un quotidien en euskara, saut qualitatif vers une normalisation linguistique. En Pays basque Nord l'association EHE se fixe comme objectif d'arracher une signalisation routière en langue basque et inaugure pour cela une méthode ayant fait ses preuves en Bretagne : le barbouillage et démontage des panneaux. Parallèlement elle remet la revendication d'une reconnaissance légale de l'euskara, un peu oublié depuis la campagne BATEGINIK, au cœur du débat en organisant la première manifestation sur ce thème en Iparralde en juin 91.

En 92 la coordination informelle entre Pizkundea, Seaska et AEK rejoints par EHE lancent une deuxième mobilisation DEIADAR sur le thème " Justice pour les Basques ", face aux blocages persistants dans chacun des secteurs : enseignements, radios, cours aux adultes, réception d'ETB... La manifestation du 30 mai sera suivie d'une entrevue à la sous-préfecture.

Mais les évolutions perceptibles lors de la réflexion Pays basque 2010 poussent à aller plus loin. En 94 les mêmes associations organisent des assises appelées DEIADAR III pour jeter les bases d'une politique linguistique secteurs par secteurs. Il en sort un document de référence : " Manifeste pour la langue basque - 40 mesures et recommandations urgentes " qui sera un point d'appui précieux deux ans plus tard, lors de la définition du Schéma d'aménagement par le conseil de développement. En octobre de la même année le Département annonce la pose des premiers panneaux bilingues. EHE pourra bientôt ranger ses pinceaux pour passer à autre chose.

Si les choses bougent dans le bon sens au Pays basque il en va autrement au niveau de l'Etat français au cours de ces années là. Après l'amendement Toubon-Lamassoure à la Constitution instaurant que : " la langue de la République est le français ", c'est le même Toubon qui fait passer une loi au Parlement en 94 pour imposer l'usage du français dans la vie publique. L'objectif, comme pour l'amendement constitutionnel, est de faire barrage à l'anglais mais dans la pratique c'est un véritable verrou législatif qui vient, et pour longtemps, cadenasser l'utilisation dans la vie publique des langues territoriales de l'Etat français. Cerise sur le gâteau, le même Toubon oppose en décembre 94 un niet à la Charte européenne sur les langues minorisées.

Conscients des enjeux de la période, de leurs forces relatives mais aussi de l'efficacité de leur travail en commun, les principales associations luttant dans différents secteurs en faveur de la langue basque décident alors de franchir un nouveau pas et créent Euskal Konfederazioa avec comme objectif la mise en application du Manifeste pour la langue basque rédigé un an plus tôt. La nouvelle structure soutiendra les revendications de chacune de ses composantes, mènera le combat pour l'officialisation de l'euskara et pour l'application des mesures linguistiques du Schéma entre 97 et 2000. Elle organisera notamment la plus grosse manifestation réalisée jusqu'alors en Pays basque Nord en faveur de la langue basque en avril 98 (DEIADAR IV) et sera à l'initiative de démarches ambitieuses et novatrices comme l'accord Bai Euskarari impliquant les entités de la société civile dans le travail de rebasquisation ou la Convention en direction des municipalités pour une normalisation linguistique dans le premier échelon de l'administration

Pour compléter le tableau, deux enquêtes sociolinguistiques sont réalisées en 91 et 96 qui permettent de mieux connaître la situation de la langue basque et surtout les évolutions en cours. A l'inverse de la Communauté Autonome basque, les résultats sont très préoccupants pour le Nord.

Premières avancées

En juin 91 AEK fête avec un an de retard ses 10 ans d'existence en Pays basque Nord en organisant plusieurs caravanes de voitures qui se retrouvent à Saint Jean Pied de Port et rappellent ses revendications de reconnaissance et de soutien financier. Un repas populaire et diverses animations et concerts clôturent la journée qui rassemble 500 personnes.

Mais pour AEK les choses vont commencer à bouger en 92, suite à la deuxième mobilisation DEIADAR. Une permanente de l'association, Kati Pétrissans, participe à la délégation reçue par le sous-préfet et ce dernier propose de recevoir AEK ultérieurement pour étudier plus spécialement la problématique de l'enseignement aux adultes. En juin la fédération rencontre donc pour la première fois un représentant de l'Etat pour évoquer les questions spécifiques à l'enseignement du basque aux adultes. Ce dernier propose de faciliter les contacts avec différentes administrations ayant un rapport avec la formation aux adultes.

Courant octobre plusieurs réunions ont lieu avec les responsables de la DRFP (Direction régionale de la formation professionnelle), la DDTEFP (Direction départementale du travail de l'emploi et de la formation professionnelle) et l'ANPE (Agence Nationale Pour l'Emploi). Ces responsables de l'administration sont encore loin de comprendre et de prendre en compte la dimension de ré appropriation linguistique. Ils restent cantonnés au strict cadre de la formation et de l'emploi. Quelques avancées timides se profilent pourtant : déblocages de crédits pour financer des formations de basque, possibilité de prise en charge des stages si l'euskara est nécessaire pour l'obtention d'un emploi et proposition de former un échantillon de quinze demandeurs d'emploi dont le perfectionnement en basque serait financé, afin de mesurer l'utilité professionnelle de la connaissance de la langue.

Ce premier déblocage va entrouvrir petit à petit la porte à AEK. Si la fédération n'est pas conviée à la première phase de la réflexion Pays basque 2010, au cours de l'été 93 elle est invitée à participer à un groupe de travail qui réfléchit sur les scénarios d'évolutions du Pays basque pour les 20 ans à venir. Elle sera par la suite membre du conseil de développement dès sa création. Lors de l'assemblée générale du Conseil le 3 février 96 où sont présentées les étapes de l'élaboration du Schéma d'Aménagement du Pays basque, la déléguée d'AEK défend trois amendements de l'association qui feront date. L'un propose la création d'un secrétariat à la politique linguistique réunissant institutions et mouvements associatifs. Il est approuvé à l'unanimité moins une abstention. Prémisse du Conseil de la langue qui naîtra en juillet 2001 et de l'Office public pour l'euskara qui y fera suite en 2004. Un autre amendement crée plus de malaise puisqu'il propose une politique linguistique coordonnée entre les différentes institutions en charge de la gestion de tout le Pays basque. Il recueille 11 voix pour contre un grand nombre d'abstentions. AEK accepte de le retirer contre la promesse du président de le mettre à l'étude dans le cadre du Schéma. En 2003 la Maîtrise d'Ouvrage publique pour la langue basque signera une convention de partenariat avec le gouvernement basque pour financer des projets linguistiques.

Les relations avec le Département ou 8 ans de sokatira

Le 23 octobre 98 à 9 heures du matin une fourgonnette franchit le portait de la villa Bakea sur les allées Paulmy, antenne bayonnaise du Conseil général, suivie par une centaine d'enseignant-e-s et d'élèves des Gau Eskolak. En un tour de main, chaises et tableaux sont déchargés et plusieurs cours sont improvisés dans les jardins de la villa. Battitt Bordagarai , un des fondateurs de la Gau Eskola de Soule et militant historique d'AEK en Pays basque Nord, entreprend aux milieux des éclats de rire d'enseigner quelques rudiments de souletin aux " manex " présents. Par cette action la coordination entend revendiquer une reconnaissance en tant que service public et une prise en charge conséquence de son action. Elle fait suite à plusieurs années de contacts sans suite et de promesses partiellement tenues.

Tout a commencé six années plus tôt en 92 dans le contexte de la deuxième campagne DEIADAR et alors que la réflexion prospective Pays basque 2010 se mettait en route. Bayrou, récemment élu en mars président du Conseil général des P.A., multiplie les déclarations en faveur du soutien à la langue basque et notamment lors des journées du Patrimoine à Irissarry le 3 octobre. Le 16 il reçoit AEK à la villa Bakea à Bayonne. Il se montre favorable à des avancées en matière linguistique et propose de signer une convention pour pérenniser un financement de l'association. Ces belles paroles resteront pourtant lettre morte pendant plusieurs années. AEK lui fait parvenir en novembre un dossier précisant ses projets et besoins mais Pau ne répond plus pendant un an. Une première subvention de 10 000 FF [Ndlr : 2067 euros] est accordée pour l'élaboration de matériel pédagogique sur le budget 92 et une autre de 20 000 FF [Ndlr : 4134 euros] en 93 en soutien aux stages intensifs.

Entre temps la droite gagne les élections législatives de mars 93 et Bayrou est nommé ministre de l'Education, fonction qu'il occupera jusqu'à la dissolution de l'Assemblée de 97 et le changement de gouvernement. Après plusieurs tentatives pour renouer le contact un rendez-vous est obtenu en janvier 94. Bayrou, très occupé, reçoit les représentants d'AEK durant 5 minutes à Pau, promet une augmentation de la subvention du Conseil général et renvoie l'association vers les responsables de la Culture au sein de l'administration départementale. AEK rencontre messieurs Del Alamo et Harguenart le 8 février, qui s'engagent à préparer un projet de convention. La subvention annuelle est bien augmentée en septembre pour passer de 20 000 à 70 000 FF [Ndlr : 14468 euros] mais ne fait que compenser la perte des aides venant de l'Institut culturel qui ne peut faire face aux besoins de l'enseignement. Cette subvention sera reconduite jusqu'en 98. Pour le reste, point de suite aux engagements pris.

Courant 95, face au silence radio de Pau, AEK fait signer des pétitions pour soutenir ses demandes et en mai envoie 400 cartes postales à Bayrou. Celui ci se manifestera un an plus tard, en avril 96 pour annoncer le vote de la subvention annuelle et réitérer sa promesse de signer une convention.

Au printemps 96 justement, alors qu'AEK participe aux travaux d'élaboration du Schéma d'aménagement du Pays basque au sein de la commission langue, elle décide de mener une campagne publique pour souligner l'importance stratégique de l'enseignement aux adultes dans la perspective d'une revitalisation de l'euskara. Elle insiste aussi sur le droit qu'a toute personne qui le désire, d'apprendre sans contraintes la langue propre du Pays où il vit, en l'occurrence la langue basque, et sur le véritable service public que remplit l'association. Les murs du Pays basque Nord se couvrent d'affiches où une jeune femme faisant la moue interroge : " Avons nous le droit d'apprendre l'euskara ? ". Durant cette campagne l'association rencontre tous les conseillers généraux du Pays basque qui se montrent attentifs à sa problématique et favorables à une aide plus conséquente de son travail.

Mais il faudra encore attendre. Fin 97 tout en adoptant le Schéma d'aménagement du Pays basque le Conseil général décide la création d'un poste de chargé de mission à la politique linguistique. La personne embauchée deviendra l'interlocuteur d'AEK et rendra les relations plus fluides avec l'institution départementale. La subvention annuelle passe à 120 000 FF [Ndlr : 22957 euros] en 99 et fin 2000, alors que beaucoup de choses ont changé par ailleurs avec la préparation de la Convention spécifique (signée en décembre), la fameuse convention promise sera finalement signée à Pau le 15 décembre entre Nikolas Régérat, président de l'association en Pays basque Nord et J.J. Lasserre. Si elle n'apporte pas de subventions nouvelles, elle stipule que :

Le Conseil général des P.A. :

  • Considérant que l 'enseignement aux adultes est un domaine essentiel dans le cadre de la sauvegarde et de la récupération d'une langue menacée comme le basque,
  • Soulignant l 'impact bénéfique de cet enseignement sur la transmission familiale, l'aide aux enfants scolarisés, l'utilisation sociale de la langue, le marché de la culture (éditions spectacles),
  • Reconnaissant les objectifs éducatifs et pédagogiques de l'association Alfabetatze Euskalduntze Koordinakundea,
  • Décide de pérenniser l'action de cette association et d'aider à améliorer son action dans le domaine pédagogique. "
  • La reconnaissance de l'enseignement aux adultes et de l'action d'AEK est enfin inscrite noir sur blanc.

Casse-tête annuel ou comment boucler le budget ?

Problème récurrent dans le monde associatif. AEK n'échappe pas à la règle. Les besoins augmentent et les dépenses avec, mais les recettes ne suivent pas toujours. Longtemps cataloguée comme une simple association culturelle AEK devra présenter des projets d'animations ou de fêtes pour obtenir des subventions auprès des différentes institutions. Si des petites communes aident l'association, il faut attendre la fin des années 80 pour que des mairies importantes s'engagent sur un financement pérenne et plus conséquent, conscientes du travail de longue haleine mené par la fédération. Après Saint jean de Luz, Ciboure et Hendaye c'est au tour de Biarritz à partir de 97 de voter une subvention importante à la Gau Eskola puis plus tard d'entamer un partenariat prévoyant notamment des travaux de traductions et des cours pour le personnel municipal. En 97 enfin c'est Bayonne qui octroie 90 000 FF [Ndlr : 17218 euros] par an à l'euskaltegi Narbaitz. Ces rentrées financières permettront d'étoffer le réseau des permanents locaux, polyvalents dans leur travail : cours, soutien pédagogique aux enseignants bénévoles, animateurs de la Gau Eskola, etc.

Le Département s'engagera à partir de 92 (voir plus haut). Quant à la Région Aquitaine, elle restera la plupart du temps inaccessible pour AEK jusqu'à la signature de la Convention spécifique hormis quelques aides ponctuelles notamment dans le cadre de la Convention transfrontalière Aquitaine/Euskadi/Navarre en 94 et 95. L'Europe apportera des aides conséquentes de plus de 100 000 FF [Ndlr : 19131 euro] annuels pendant trois ans mais des changements d'orientation tariront cette source de financement.

Reconnu comme organisme de formation par les entreprises AEK bénéficiera de contrats de formation dans le cadre de congés individuels de formation notamment, qui ne cesseront d'augmenter au cours des années 90 jusqu'à atteindre parfois jusqu'à 12 % du budget annuel.

Pendant 20 ans la plus grosse part du budget d'AEK (atteignant 600 000 € en 00/01) sera donc constitué par l'autofinancement. Le prix payé par les élèves tout d'abord, forfait sans rapport avec le coût des heures de cours suivi. AEK a toujours défendu le principe de la gratuité de l'apprentissage du basque car elle considère qu'il s'agit d'un droit non monnayable et que la situation de la langue rend indispensable le gain de locuteurs adultes. Pourtant si dans les premières années de son existence un bon tiers des élèves ne payent rien, au fil des ans l'association sera plus exigeante tout en maintenant des tarifs bas et en offrant toute facilité de paiement.

En contrepartie les membres de l'association sont sollicités pour collecter des fonds pendant la korrika, par le biais de la tombola annuelle ou en travaillant dans les diverses fêtes organisées par AEK ou les Gau Eskola. Malgré cela, malgré les ressources apportées par la korrika ou les virements des bienfaiteurs auxquels il est de nouveau fait appel en 94, tout cela ne suffit pas et en 94 la direction nationale d'AEK décide d'appliquer aussi à la structure du Pays basque Nord sa politique de mutualisation des ressources. Les négociations avec le gouvernement basque traînent en longueur entre ruptures, chantage et mobilisations mais en décembre 95 un accord-cadre ouvrant la voie à une normalisation et un financement plus conséquent d'AEK dans la Communauté Autonome sera signé. Désormais le budget d'AEK en Pays basque Nord qui dépasse 2 M FF [Ndlr : 382624 euro] sera complété entre 15 et 20 % par l'apport de la caisse centrale des sept provinces. Cela permettra d'aller de l'avant et de mettre en route de nouveaux projets.

La difficulté à engranger les recettes aura bien évidemment des conséquences pour les salariés de l'association qui verront leurs salaires stagner bien en dessous de la convention collective du secteur et leur pouvoir d'achat s'effriter pendant de longues périodes. Mais c'est un choix militant que tou-te-s acceptent. Par contre la philosophie de départ concernant la politique salariale reste inchangée. À AEK tout le monde a le même salaire horaire, cuisinier de l'ikastaldi ou responsable pédagogique, personnes récemment embauchées ou " vétérans ".

Les animations : ce qui marche un temps ne marchera pas toujours

Après une pose en 91 pour cause d'arrivée de korrika en mars et pour fêter les 10 ans de l'association en juin, AEK organise à nouveau le grand concert AEKantuz. Le parc Duconténia étant indisponible c'est celui de Mouserolles à Bayonne qui est retenu. Un chapiteau de cirque de 3000 places est dressé pour l'occasion. La fête est réussie même si le bénéfice est limité par les énormes frais engagés. Ce sera pourtant la dernière édition d'AEKantuz. L'époque a changé, les concerts se multiplient, les mêmes groupes se produisent plusieurs fois par an sur un territoire réduit, les recettes ne sont plus assurées. Il ne faut pas s'accrocher à une formule qui semble dépassée. L'association entame une réflexion sur quel type de fête elle veut organiser en fin d'année scolaire. En 93 le débat n'est pas tranché et les membres des Gau Eskola terminent l'année par un zikiro-kantaldi à Helette.

En juin 94 un nouveau rendez-vous est proposé par AEK. Les objectifs ne sont plus avant tout financiers ou de toucher un très large public mais plutôt d'offrir au millier de personnes qui suivent chaque année les cours de l'association un moment convivial pour renforcer leur attachement à la langue basque et leur motivation à poursuivre l'apprentissage. En résumé moins de travail et plus de plaisir grâce à la langue basque. La journée a pour nom EKIA Txapelketa et consiste en une série de compétitions entre les Gau Eskola. Cela commence dès le matin par la préparation d'un plat cuisiné imposé qui servira au banquet du midi, puis les équipes s'affrontent par poules au mus, au jeu de quilles, au sokatira et à la pelote. L'après-midi les finales ont lieu et la journée se termine par un concours de chant libre où chaque équipe doit composer un texte. La formule connaîtra un franc succès pendant 6 ans en rassemblant la moitié des effectifs de l'association. Puis elle aussi montrera des signes d'épuisement et sera abandonnée.

Entre temps la fédération s'est lancée dans d'autres aventures en organisant en 96 la première édition en Pays basque Nord d'AEKeguna, journée de fête lancée en 89 et se déroulant alternativement dans toutes les provinces. Forte de l'expérience acquise lors de l'arrivée de Korrika en 91 l'association mobilise plusieurs centaines de bénévoles et prépare une fête populaire de grande envergure dans les rues de Saint Palais entièrement décorées aux couleurs d'AEK, avec animations multiples, trois lieux de concerts et un grand banquet. Contrairement au cauchemar de mars 91 le temps est exceptionnel en ce dimanche d'octobre et la fête réunie plusieurs milliers de personnes. Le message revendicatif est présent tout au long de la journée. AEK remporte aussi un succès d'estime auprès de la population locale et des commerçants qui demandent si la fête aura lieu tous les ans. Trois ans plus tard en 99 c'est le village de Sare qui accueille la fête. Le pari est risqué car la Gau Eskola locale ne compte qu'une quinzaine de personnes. Mais la responsable de l'organisation constitue une équipe Saratar dynamique qui rassemble et implique tous les acteurs de la culture basque du village dans l'organisation de la journée, créant un climat propice à d'autres initiatives audacieuses qui se concrétiseront dans les années suivantes comme la première expérience de l'Accord Bai Euskarari dans un village d'Iparralde en 2002.

Et bien entendu, la vie et l'activité d'AEK sont rythmées pendant toute la décennie par la korrika. Entre 91 et 2001, les deux éditions qui se terminent à Bayonne, quatre korrika, 8, 9, 10 et 11, sillonnent le Pays basque en 93, 95 avec un départ à Saint Jean Pied de Port, 97 et 99. Le départ de la dixième édition est l'occasion de rendre un hommage spécial à toutes les personnes ayant participé au mouvement de rebasquisation des adultes dans les Gau Eskola par la présence lors du premier kilomètre de sept d'entre elles dont Mirentxu Apeztegi d'Arbona, Xantxo Iturrioz pour la zone d'Amikuze et le souletin Frantxoa Camus. La mécanique d'organisation est rodée mais le travail est toujours à faire. Mobiliser les adhérents, impliquer différents secteurs de la société, colleter des fonds, faire participer les écoles, trouver un message original et compréhensible. Heureusement la magie attractive de korrika fonctionne toujours, agissant comme un catalyseur des énergies. Korrika, c'est du stress et beaucoup de travail pour ceux et celles qui l'organisent mais c'est aussi du bonheur pour tout un pays.

Logo de la campagne Bai Euskarari
Logo de la campagne Bai Euskarari

Pour la 11ème édition un pas supplémentaire est franchit. Courir pour la langue basque c'est bien, mais AEK propose aux porteurs de témoins de prendre en engagement concret pour apprendre ou utiliser l'euskara. 121 entités répondent à l'appel. Cette dynamique d'implication de tous les secteurs de la société dans la re basquisation sera développée à grande échelle au cours des années suivantes dans le cadre de l'accord Bai Euskarari. Dans le même esprit, mais aussi pour offrir aux apprenant-e-s des opportunités de parler dans la vie quotidienne, les membres des Gau Eskola propose aux commerçants euskaldun la pose d'un autocollant " euskara badakigu " sur leur vitrine. 470 d'entre eux dans une quarantaine de villes et villages acceptent la proposition. Un guide avec leurs coordonnées sera publié six mois après la Korrika.

L 'enseignement : le cœur de l'activité d'AEK

Guidée par ses principes fondateurs et poursuivant son objectif majeur : " un maximum de locuteurs dans un minimum de temps ", AEK impose un rythme de six heures de cours à ses élèves ce qui en décourage certains. Mais rien de tel que des exemples concrets de personnes devenues bascophones pour en motiver d'autres. Il faut offrir aux personnes disponibles pour apprendre rapidement des formules plus intensives. En 92 la fédération se lance au Nord dans l'expérience des barnetegi, stage en immersion de longue durée, dont elle possède déjà un solide savoir-faire au Sud. 20 personnes s'inscrivent pour un stage de deux mois et demi et vont passer les premières semaines de l'année aux Aldudes encadrées par 4 enseignant-e-s et une cuisinière plein-e-s de courage. Un numéro spécial d'AEKazeta leur est consacré.

L'expérience est riche d'enseignements, de problèmes de tous ordres et de petits succès. Elle sera renouvelée en 94 avec 14 personnes puis se transformera en stage de 8 semaines sans internat. Elle sera abandonnée par la suite car le potentiel de personnes intéressées est trop réduit pour constituer des groupes homogènes conséquents. Par contre chaque année entre 15 et 20 personnes d'Iparralde vont grossir les effectifs des barnategi d'AEK en Biscaye qui durent jusqu'à quatre mois. La plupart progressent à pas de géant et reviennent en ayant atteint un bon niveau de compréhension et d'expression qui les rend autonomes dans leur processus d'apprentissage.

En Iparralde les ikastaldi, stages de une ou deux semaines pendant les vacances scolaires se renouvellent chaque année et ne désemplissent pas, permettant à des personnes vivant hors du Pays basque de suivre aussi des cours. Pendant toutes ses années en effet, les demandes venant de l'extérieur sont fréquentes : cours par correspondance par exemple auxquels l'association ne peut faire face, hormis le cas spécifique des prisonniers basques. AEK coordonne, soutient ou est en relation avec des cours organisés à Pau, Bordeaux, Toulouse et Paris par des Basques expatriés ou des étudiants qui suivent un cursus universitaire. Les élèves de ces cours représentent un public non négligeable des stages intensifs en été.

Le chantier des méthodes pédagogiques reste ouvert en permanence à AEK et à partir de 94 des nouveaux matériels didactiques sont produites par l'association au Sud : Ahoz aho et Solas Jolas qui approfondissent la méthode communicative. Car dans les Gau Eskola, bien plus que des "experts grammaticaux", ce sont des locuteurs que l'on veut former afin d'assurer la pérennité de l'euskara dans la vie courante. Les linguistes ont constaté que l'emploi d'une langue comporte quatre constantes principales de communication :

  1. le sujet développé dans une communication donnée.
  2. la situation de la personne (elle donne ou reçoit des informations).
  3. la manière dont se passe la communication (orale ou écrite).
  4. la fonction de cette communication (donner des infos, précises ou globales, ou bien en recevoir, exprimer sa joie, sa colère ou bien sa peine, etc...)

Tout ceci crée autant de situations différentes que l'on retrouve dans la vie courante. Et c'est à partir de la fonction communicative que l'on va chercher dans la grammaire les outils appropriés à tel type de communication. Les notions grammaticales étudiées sont donc déterminées par la situation créée. AEK s'efforce de développer tout ceci d'une manière dynamique dans ses cours. Des jeux sont employés plutôt que des exercices figés pour travailler la grammaire, et ces acquis sont ensuite utilisés dans une situation concrète similaire à celle rencontrée dans la vie courante.

La commission pédagogique qui regroupe plusieurs enseignants des Gau Eskola du Nord va s'atteler à l'adaptation d'Ahoz Aho à la réalité sociale et linguistique du Pays basque Nord. Livrets, cassettes audios et vidéos sont édités et permettent à l'enseignant de disposer d'un canevas précis pour préparer ses cours semaine après semaine. Mais ce nouveau matériel nécessite une formation théorique et pratique pour assimiler certains concepts de base de la glotodidactique. Les personnes embauchées par l'association partent trois semaines à Iruñea en début d'année scolaire. Pour les enseignant-e-s bénévoles qui sont entre 60 et 80 personnes, une semaine de formation est organisée ainsi qu'un suivi tout au long de l'année. Nouvelle méthodes et formation des enseignant-e-s qui permettent d'améliorer notablement la qualité des cours dispensés par la fédération.

D'autres projets sont menés à bien par la commission pédagogique comme la production dans les premiers mois de 2001 de douze films de 5mn réalisés en partenariat avec TVPI et mis en ligne sur son site web. Ils permettent à des personnes débutantes d'apprendre quelques rudiments de la langue par le biais de sketchs et histoires diverses de la vie courante.

Evolutions dans le fonctionnement

Entre les années scolaires 90/91 et 2000/2001 le nombre de personnes salariées de l'association passe de 7 à 20 pour 17 équivalents temps pleins. La fédération compte toujours deux responsables pédagogiques et deux personnes chargées de la gestion et de l'organisation rejointes par un maquettiste qui travaille à l'édition du matériel pédagogique et une responsable des stages intensifs. Le reste des permanent-e-s est disséminé dans les Gau Eskola : Hendaye (2), Saint Jean de Luz (2), Biarritz (2), Bayonne (4), Hasparen (1), Ustaritz (1), Cambo/Itxassou (1), Saint Jean Pied de Port (1), Saint Palais (2) et la Soule (2). Cette professionnalisation accompagne par endroit une baisse de l'implication des bénévoles mais la renforce aussi parfois. Autant de problèmes nouveaux pour AEK, qu'il faut gérer au mieux.

Le nombre de questions à débattre et à trancher, dans le respect de la philosophie autogestionnaire de l'association oblige à partir de 98 à organiser deux assemblées générales annuelles préparées par un dossier avec période d'amendements. Autre problème récurrent : la technicité des sujets abordés a tendance faire fuir les bénévoles et à limiter les débats entre les permanents. Cependant le fonctionnement de la structure s'en trouve fortement amélioré, de même que par l'adoption de nouvelles procédures comme en fin 99 celle de la caisse de mutualisation entre les Gau Eskola qui permet à chacune, quelle que soit sa taille ou les aides publiques qu'elle reçoit, de disposer des mêmes conditions d'enseignement (matériel pédagogique, équipement, locaux). Dans le même esprit une grille de calcul est adoptée afin de déterminer où et combien de postes de permanents seront créer si les recettes le permettent. Toutes ses évolutions renforcent la cohésion de l'association qui d'une simple coordination des Gau Eskola autonomes est devenue à la fin de la décennie 90 une organisation plus intégrée, fonctionnant sur des critères partagés par tous, tout en gardant une certaine souplesse dans leurs applications concrètes. Parallèlement AEK au niveau national s'engage à la fin 2000 dans l'élaboration d'un plan stratégique redéfinissant ses axes de travail, ses priorités et modifiant profondément sa structure. Les représentants des Gau Eskola du Pays basque Nord participeront à un groupe de travail et réfléchiront plus précisément à la déclinaison en Iparralde des orientations retenues.

Tout au long de la décennie les effectifs des Gau Eskola du Pays basque Nord ont augmenté régulièrement passant de 585 élèves en 90/91 à 1207 en 97/98 (1454 si l'on y rajoute les effectifs des centres hors du Pays basque). Ils baisseront légèrement pour se stabiliser à partir de 99/00 autour de 1000 élèves (sans les centres extérieurs). Les stages intensifs en internat rassemblent par ailleurs entre 150 et 250 personnes chaque année, élèves déjà membres des Gau Eskola ou nouveaux inscrits dans l'association.

La DNAT s'emmêle

Cela devait arriver. Avec la frénésie déployée par la juge Levert, les dossiers à tiroir et les commissions rogatoires en blanc, plusieurs centaines de personnes ont connu perquisitions et arrestations par la DNAT au cours de la décennie. Si AEK regroupe des personnes de tous milieux, de tous ages et de toutes tendances politiques, de part son origine et la nature de son combat pour la langue basque elle a toujours compté de nombreux militants abertzale du Nord ou du Sud parmi ses élèves, ses enseignants ou ses permanents comme Josu Muguruza par exemple, vers le milieu des années 80. Chacune remplit son travail au sein de l'association mais reste libre de ses engagements citoyens et militants.

Le 23 mai 96 au petit matin les policiers de la DNAT interpellent à son domicile Guy Copentipy permanent d'AEK (déjà gardé à vue la veille à Hendaia avec plusieurs anciens élèves) ainsi que son président Nikolas Régérat pour effectuer une perquisition dans les locaux de la fédération à la rue Pontrique. Ils sont à la recherche d'une liste de participants à un stage d'AEK organisé trois ans plus tôt, dont l'un des membres est recherché. Les personnes interpellées, rejointes par deux autres salariés de l'association refusent de donner le fichier en l'absence d'une commission rogatoire en bonne et dû forme. Enervement des policiers, menaces et chantage pendant qu'ils essaient de trouver quelque chose dans le capharnaüm qu'était alors le local trop exigu d'AEK. Le temps passe. Opération mal préparée. Une centaine de personne est réunie dans la rue et la presse est sur les lieux. Il faut la jouer en douceur. Des renforts discrets sont demandés mais on veut faire bonne figure à la DNAT et sortir dignement. Les personnes interpellées sont amenées en garde à vue et les ordinateurs saisis. Mais dans la confusion générale, un élève courageux et audacieux présent à l'extérieur réussit à subtiliser dans le fourgon policier l'ordinateur contenant les fichiers élèves et à disparaître avec. Les personnes arrêtées seront libérées en fin de journée et l'association dénoncera fermement cette opération imbécile dans une conférence de presse le lendemain.

Procès contre la Poste

Il est des moments où garder son calme devient héroïque. C'est le cas face à la Poste pour les responsables d'AEK en cette année 98 où l'on fête en décembre le 50ème anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l'Homme. AEK utilise fréquemment le service des envois en nombre qui offre un tarif réduit pour plus de 400 courriers envoyés conjointement. Un beau jour de mai 98 la Poste fait savoir à la fédération qu'elle ne pourra plus bénéficier de ces tarifs car ses adresses sont libellées en basque. AEK devra payer 0,31 FF [Ndlr : 0,06 euro] de plus par envoi. Somme modeste quoique conséquente en fin d'année vu le nombre de courriers envoyés par AEK mais surtout discrimination intolérable pour l'association.

Contacts, explications, rendez-vous, médiations, rien n'y fait et la Poste reste sur ses positions. AEK porte l'affaire en justice. Elle obtient le soutien de tous les secteurs qui travaillent pour l'euskara ainsi que l'appui des syndicats de postiers qui dénoncent les arguments fallacieux de leurs dirigeants. Le tribunal de Bayonne déboute AEK de sa demande le 3 juin 99 ainsi que la Cour d'appel de Pau le 21 juin 2000. Qu'a cela ne tienne, AEK porte l'affaire devant le tribunal de l'ONU à Genève où elle attaque l'Etat français pour avoir couvert cet acte de discrimination flagrante. Au moment d'écrire ces lignes, l'affaire est à l'instruction. Parallèlement à l'action judiciaire, différentes protestations sont organisées par AEK ou Euskal Konfederazioa comme le tamponnage des courriers avec la mention : " Postak euskarari tirrit ". EHE répand du charbon à la Poste de Bayonnne à l'occasion d'Olentzero et revendique le barbouillage d'une centaine de boites aux lettres.

Convention spécifique Pays basque

De 98 à 2000 se déroule une bataille incessante pour la mise en route des mesures linguistiques du Schéma d'aménagement approuvé en 97, sur fond de montée en puissance de la revendication d'une institution départementale pour le Pays basque. Le projet d'un Conseil de la langue, structure de réflexion et de proposition pour une politique linguistique est quasiment enterré en juin 99. L'inertie est exaspérante, les blocages sont permanents et les mauvaises volontés évidentes de la part des Pouvoirs publics. Ceux-ci temporisent en faisant miroiter le prochain Contrat de plan Etat-Région qui doit être signé en 2000. Mais en mars de cette année la déception est cuisante et la colère manifeste pour les associations oeuvrant en faveur de la langue basque. Une nouvelle mobilisation DEIADAR V est programmée pour le 10 juin sur le thème : " Euskararen geroa orain trenkatzen da ".

Certains élus du Pays basque, mis en porte à faux sont obligés de s'impliquer davantage. Après plusieurs mois de tractations une Convention spécifique pour le Pays basque est signée le 22 décembre 2000. Elle est loin de constituer une véritable politique linguistique volontariste et reste économiquement en deçà des besoins mais elle apporte à différents acteurs associatifs, et parmi eux AEK, un financement pluriannuel pour la durée du Contrat et leur octroi une reconnaissance en tant que maître d'œuvre dans leur secteur respectif sous le contrôle de la Maîtrise d'ouvrage publique que constituent les institutions (Etat, Région, Département) . Le Conseil de la langue est acté et verra le jour en juillet 2001.

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