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L'association AEK - 2) 1980 - 1985 : un début prometteur.

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1980 - 1985 : un début prometteur.

Cette première période est riche en évènements politiques. C'est d'abord la victoire historique des socialistes le 10 mai 81 qui suscite de nombreux espoirs en Pays basque et notamment parmi les défenseurs de la langue basque quant à la reconnaissance des ikastola, à un statut officiel des langues minorisées dans l'Etat français. Espoirs rapidement déçus qui entraîneront de nombreuses mobilisations. Puis viendront les heures sombres du GAL à partir de la fin 83 qui ensanglanteront le Pays basque. Dans le même temps l'action armée d'IK connaîtra une accélération avec la mort de Txomin et Ramuntxo, l'affaire de Baigorri, la fusillade de Léon ou la mort de Didier Lafitte. Répression, occupation policière, arrestations, extraditions, criminalisation de toute expression basque marqueront fortement ces années et toucheront de façon directe (plusieurs membres de l'association sont des réfugiés du Pays basque Sud ou des militants abertzale ou indirecte le travail d'AEK.

Pour le mouvement culturel basque ces années sont marquées par quelques avancées et pas mal de frustrations. Suite aux espoirs suscités par le changement de majorité politique, les Assises pour la langue et la culture basque se réunissent en 82 afin de définir les besoins et de proposer une politique volontariste. Elles donneront naissance par la suite à Pizkundea, porte-parole des revendications culturelles pendant la décennie suivante. AEK quittera rapidement la fédération de même que Seaska et l'association biarrotte Arroka à cause d'un désaccord sur l'absence de priorité donnée à la problématique linguistique. Parallèlement le gouvernement envoie la mission Ravail rencontrer les élus et acteurs divers du Pays basque.

Les décisions politiques prises par la suite seront décevantes : pas de département basque, pas de conseil de développement (proposition de la mission qui se concrétisera finalement en 94 !), mise au panier du projet de loi dit " Destrade " reconnaissant les langues de l'Etat français mais création d'un Centre culturel du Pays basque où les acteurs de la culture sont en minorité.

Durant ces années, la demande de reconnaissance et de financement des ikastola polarise tout le combat linguistique en Pays basque Nord et occupe fréquemment les devants de l'actualité. Mais les choses avancent aussi sur d'autres terrains : trois radios bascophones voient le jour ainsi que Radio Adour Navarre qui offre une place non négligeable à la langue basque, avec lesquelles les Gau Eskola entreront souvent en synergie. Années d'éclosion du phénomène " rock radical " basque ainsi que d'autres expressions musicales dont AEK fera souvent la promotion et qu'elle utilisera pour toucher de nouveaux publics, par l'organisation de concerts et notamment la fête AEKantuz à partir de 84.

Un mouvement dynamique et rassembleur.

Dès la création de la fédération, les Gau Eskola se lancent dans des campagnes de sensibilisation pour accroître la motivation des adultes à l'apprentissage de la langue. Ainsi l'association mène durant les mois de septembre et octobre des campagnes de rentrée dynamiques et très visuelles qui interpellent et séduisent beaucoup de monde. C'est l'époque où sur les murs des villes et villages du Pays basque les Marx brothers invitent la population à s'inscrire à AEK.

En mai 81 l'association entend fêter la fin de sa première année scolaire et organise " euskara bidean ", un rassemblement symbolique et festif à Hasparren. Le samedi 23 mai, cinq colonnes de voiture partent de Mauléon, Bayonne, Hendaye, Sare et Saint Jean Pied de Port amenant chacune un élément d'une sculpture en pierre qui sera reconstituée à coté de la salle polyvalente et portant la mention " Hazparnen bost harri, euskarak josia elkarri ". Par la pose de cette borne symbolique, les membres des Gau Eskola veulent montrer leur volonté de poursuivre le travail entrepris et inscrire leur engagement dans la durée. On ne peut que constater aujourd'hui qu'ils et elles y ont réussi...

En juin 83 la deuxième édition d'euskara bidean compose un programme de table-rondes, théâtre, films et fête populaire sur la zone du BAB. En 84 l'association en pleine expansion et forte de plusieurs centaines de bénévoles réalise un saut qualitatif en organisant le premier festival AEKantuz à Kanbo, qui restera pendant de longues années un des principaux rendez-vous musicaux du mouvement de ré-appropriation de la langue basque.

Une idée de génie.

Témoin de la Korrika
Témoin de la Korrika

Dès les premières années de son existence la situation financière d'AEK au niveau d'Euskal Herria est préoccupante, ce qui pousse les responsables du mouvement en Biscaye à rechercher de nouvelles sources de financement. Le succès populaire de la campagne " Bai Euskarari " ou de la fête des ikastola, " Kilometroak ", incite à des projets audacieux. Au cours d'un repas bien arrosé prend forme une idée bizarre qui va s'avérer géniale : l'organisation d'une course relais à travers tout le Pays basque. Il faudra des heures de réunions pour affiner le projet, convaincre et organiser la manifestation. La korrika est née, qui va très vite dépasser AEK en devenant la mobilisation la plus importante en faveur de l'euskara et une référence naturelle du Pays basque contemporain.

Logo de la Korrika 1
Logo de la Korrika 1

La première édition se déroule en décembre 80 et son passage en Pays basque Nord reste assez confidentiel. On raconte que plusieurs kilomètres n'avaient pas de porteurs de témoin et que l'équipe de la camionnette a dû payer de sa personne à plusieurs reprises... Mais dès la deuxième édition en 82, organisée en Pays basque Nord conjointement avec Seaska, les choses prennent une autre ampleur avec des centaines de participant-e-s et plusieurs dizaines sur certains kilomètres. La korrika est l'occasion d'entrer en contact avec de nombreuses associations, collectifs, élus ou entreprises. Elle amène à la fédération des Gau Eskola un ballon d'oxygène en termes financiers et lui permet de porter son message auprès des nouveaux secteurs de la société. Dans la foulée, nombreuses sont les personnes qui décident d'apprendre et s'inscrivent au cours.

Logo de la Korrika 3
Logo de la Korrika 3
Logo de la Korrika 4
Logo de la Korrika 4

Samedi 3 décembre 83 à 9 heures du matin. La place Saint André à Bayonne est noyée dans la brume au moment où démarre la troisième édition. C'est Dospi le célèbre rugbyman d'Espelette qui porte le témoin sur le premier kilomètre. La korrika est devenu alors un rendez-vous incontournable pour les euskaltzale en Pays basque Nord mais sa notoriété va bien au- delà. Désormais sa magie opérera à chaque fois, moment de grande convivialité sociale et de plaisir collectif ressenti par les participant-e-s de tous ages, mouvement qui vous happe à son passage et dont, même n'étant pas un grand sportif, on a le plus grand mal à se détacher pour s'arrêter essoufflé-e au bord de la route. À partir de la quatrième édition initiée à Tardets en mai 85 par un jeune chômeur, la korrika prendra définitivement ses marques dans le calendrier : mars/avril toutes les années impaires.

Structuration et avancées pédagogiques.

Plutôt que de créer de nouveaux cours, l'action de l'association va s'orienter au départ vers la structuration et la consolidation du réseau déjà en place. Ainsi à partir de 1983 les cours existants vont être déclarés en associations locales " Gau Eskola " fédérées à la coordination AEK. Celle-ci offre différents services aux centres locaux d'apprentissage : des outils de développement (publicité, campagne de sensibilisation), une formation pour les enseignant-e-s, des méthodes pédagogiques mais surtout, un nouvel esprit de travail, une nouvelle philosophie, en liant l'effort de ces centaines d'apprenant-e-s et d'enseignant-e-s au mouvement général de rebasquisation qui se mettait en place sur l'ensemble du Pays basque. Si chaque Gau Eskola reste une structure autonome, la coordination se dote d'une commission pédagogie et d'un comité directeur rassemblant les représentant-e- s des Gau Eskola. De même le suivi de l'action d'AEK en Pays basque Sud et la participation aux structures communes sont renforcés.

Les principes fondateurs d'AEK ont une application directe sur les choix pédagogiques et les modules d'apprentissage proposés. Jusque là chaque enseignant-e choisissait sa méthode : Dagorret, Onatibia, Ezkila, Euskalduntzen, et s'arrangeait comme il/elle pouvait. Désormais les enseignant-e-s sont formé-e-s dans l'optique de l'objectif fonctionnel que s'est donnée l'association : " créer de nombreux locuteurs dans un court délai ". Les méthodes donnent la priorité à la communication, à l'expression orale et évitent les traductions systématiques. Le premier travail auquel s'attelle la commission pédagogique en 81 est l'adaptation de la méthode structurelle globale Jalgi Hadi au Pays basque Nord ainsi qu'à la mise en route d'une méthodologie communicative. En 83 c'est la méthode Hormirudiak qui remplace Jalgi Hadi en plaçant au centre de l'apprentissage les situations de communication. Les progrès de la personne apprenante ne se mesurent plus dans un savoir théorique mais dans ses compétences linguistiques à communiquer.

De même avant la structuration des Gau Eskola, le rythme des cours était généralement faible avec dans certains endroits une heure de cours par semaine, ce qui avait pour conséquence de rendre interminable le processus d'apprentissage, de décourager les élèves et de renforcer l'abandon. Dès sa constitution, la fédération décide de ne pas démarrer de groupe à moins de trois heures et en 83, de passer à 6 heures par semaine partout où cela est possible. Des formules de 10, 12 ou 15 heures par semaine sont aussi proposées. Avec parallèlement les stages intensifs en immersion (ikastaldi) proposés durant les vacances scolaires, l'objectif est de réduire le processus d'apprentissage à trois ou quatre ans.

Dans le même esprit, les animateurs/trices des Gau Eskolak conscient-e-s de l'importance et souvent de l'absence d'un environnement bascophone pour les apprenant-e-s, ont le souci permanent d'impulser toute une série d'animations et activités pour offrir aux élèves l'occasion de mettre en pratique les compétences acquises en cours : émissions de radio, sorties en montagne, repas, tournois de mus, etc.

Après les niveaux initiation et perfectionnement AEK va par ailleurs se concentrer sur l'alphabétisation afin d'offrir aux bascophones une maîtrise théorique de leur langue et les impliquer dans le processus de ré-appropriation linguistique. La formule AEKeskola va aussi démarrer offrant pendant trois heures le samedi matin des conférences en basque sur l'histoire, des cours de traduction ou la préparation au diplôme EGA délivré par l'Académie basque.

Le secteur de la formation continue constitue de même une priorité de la toute jeune fédération. Un premier stage est organisé entre mars et juillet 81 pour le personnel de l'hôpital de Bayonne et dans les années suivantes, de nombreux efforts seront faits pour développer les cours en entreprises.

En 80 le premier poste de permanent est crée, occupé par Koldo Amestoy qui sera remplacé en 83 par Ladix Arrosagarai. Ce dernier sera rejoint rapidement par Xan Goneaga, autre militant de longue date des cours de basque aux adultes, en tant que permanent pédagogique, ainsi que Jon Etxegoin en qualité de comptable. Fait à souligner : ces trois personnes sont des Euskaldun berri. Après une première domiciliation à la rue Bourgneuf [Ndlr : à Baiona], l'association AEK acquiert un fond de commerce et s'installe au 17 rue Pontrique [Ndlr : toujours à Baiona] qui sera son local pendant 18 ans.

Durant ces cinq premières années le succès de l'association est rapide. Ses effectifs passent de 500 élèves en 79/80 à plus de mille en 84/85. Les enseignant-e-s bénévoles sont plus d'une centaine et 20 Gau Eskola fonctionnent sur toute la géographie du Pays basque Nord, constituant un réseau populaire et militant. Une solide équipe de militant-e-s participent au bureau de l'association et ne ménage pas son temps pour la faire fonctionner. Apparentée à un mouvement d'éducation populaire, ses ambitions sont grandes : une Gau Eskola dans chaque village et chaque quartier du Pays basque, acteur d'une dynamique populaire impliquant toujours plus de gens. Rien de moins que faire du peuple qui parle basque l'agent actif de la renaissance de sa langue.

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