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L'association AEK - 1) La situation avant la naissance d'AEK

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La situation avant la naissance d'AEK

Dans les années 70, la situation des cours de basque aux adultes avant la naissance d'AEK est très contrastée. Dans bon nombre de localités des cours sont organisés sur l'initiative de militant-e-s euskaltzale qui durent, perdurent ou disparaissent au fil des mois. Dans certains endroits les cours sont structurés en association, c'est la cas à Donibane Lohitzune, Kanbo ou Angelu par exemple avec " Donibaneko ikasleak ", " Kanboko ikasleak ", etc. Ailleurs des cours sont donnés dans le cadre d'associations culturelles comme à Hendaia (Akelarre), Biarritz (Arroka), Baiona (MJC). Enfin il existe de nombreux cours organisés entre amis, de façon informelle, chez l'un d'entre eux. À Baiona, des cours existent le mercredi et samedi pour les jeunes ainsi que le soir pour les adultes autour de l'association Mende Berri puis Euskal Gogoa par la suite. C'est Mende berri qui organise les premiers stages intensifs en internat, les ikastaldi, à Beaudonne dans les Landes en 1971 et 72, qui verront naître la première génération d'Euskaldun berri du Pays basque Nord.

affiche d'aek

A la fin des années 70 si le mouvement populaire pour l'enseignement du basque aux adultes apparaît dispersé et instable, il est déjà un mouvement de masse puisqu'on recense pour l'année scolaire 79/80, 530 adultes inscrits aux cours et 59 enseignant-e-s bénévoles. Mais les animateurs/trices de ce mouvement sont pourtant confronté-e-s à une réalité incontournable : très peu de personnes deviennent réellement bascophones car le système d'apprentissage manque globalement d'efficacité et les enseignant-e-s de formation. Les différents niveaux sont dispersés géographiquement et il est très difficile de suivre tout le processus d'apprentissage dans un même lieu. Rythmes, contenus et méthodes diffèrent d'un endroit à l'autre, d'un-e enseignant-e à l'autre. Beaucoup de temps et d'énergies sont utilisées pour de maigres résultats. Un saut qualitatif s'impose.

Et cela d'autant plus que la demande d'apprentissage du basque augmente et se diffuse dans la société, que des centaines de personnes franchissent le pas en s'inscrivant aux cours. La plupart sont dans l'impossibilité de poursuivre leur apprentissage et deviennent des élèves chroniques, les " arinaiztarrak " . Une des raisons principales de la naissance de l'association AEK-Gau Eskola va donc être le demi-échec que ressentent fortement les personnes impliquées dans ce mouvement.

affiche d'aek

Premiers pas vers une fédération.

En Pays basque Sud c'est en 1966 que naissait la première commission Alphabétisation au sein d'Euskaltzaindia . Dans les années 70 le mouvement des gau eskola, cours du soir pour adultes se développait dans les différentes provinces et en 76 plusieurs centres de Biscaye décidaient de se coordonner et prenait le nom d'AEK (Alfabetatze Euskalduntze Koordinakundea). Cette coordination s'étendit rapidement à l'ensemble du Pays basque Sud et en 79 la fédération tenait son premier congrès. En Pays basque Nord une quinzaine d'enseignant-e-s de Donibane, Baiona, Angelu, Garazi, Baigorri, Hendaia et Hazparne se réunissait en 1976 pour se former. En 1977 ils suivaient une nouvelle formation pour la préparation du diplôme EGA dans le cadre de l'Ikastaldi de Mende Berri à Donapaleu. A cette occasion ils décidèrent d'aller vers une plus grande coordination, de travailler sur la pédagogie, d'adapter le matériel du Sud, de fixer le seuil des effectifs entre 5 et 15 élèves et le nombre d'heures minimums à trois par semaine.

Pourtant la coordination tarde à se mettre en place et ce sont finalement les enseignants du BAB qui au cours de l'année scolaire 79/80 et sous l'égide de l'association IKAS se coordonnent au sein de " BAM-eko Gau Eskola ".

C'est ce groupe qui fait paraître la revue " Euskara Plazara ". Dans différents articles, les élèves soulignaient alors le besoin de s'organiser afin que la langue basque ne soit pas seulement la langue utilisée lors des cours mais qu'elle soit la langue utilisée pour toute activité ; d'où le besoin d'un environnement bascophone pour mettre en pratique les acquis du cours. Les enseignant-e-s, de leur côté, s'organisaient afin de suivre des formations assurées par la commission pédagogique d'AEK en Pays basque Sud devenue une association autonome après avoir quitté le giron d'Euskaltzaindia.

C'est en mai 1980 que la décision de mettre en place la fédération Gau Eskola-AEK en Pays basque Nord fut prise et la première assemblée générale eut lieu le 16 novembre 1980. A sa naissance la fédération regroupait alors 500 élèves et une cinquantaine d'enseignant-e-s répartis dans 24 villes et villages du Pays basque Nord (Barkotxe, Atharratze, Donibane Lohitzune, Donapaleu, Hazparne, Kanbo, Bardoze, Uztaritze, Ezpeleta, Larresoro, Hiriburu, Mugere, Milafranga, Bidarte, Biarritz, Angelu, Baiona, Sara, Senpere, Donibane Lohitzune, Hendaia, Pau, Orthez, Bordeau).

La philosophie d'AEK

Dès sa création AEK situe clairement son action dans le cadre d'une rebasquisation de l'ensemble du Pays basque, c'est à dire d'une pleine ré-appropriation de l'euskara comme moyen de communication des habitant-e-s du Pays basque. Les enquêtes sociolinguistiques réalisées à cette époque sont autant de signaux d'alarme de la situation de grave affaiblissement de l'euskara et la base d'une prise de conscience aiguë d'un combat à mener et à organiser sans plus tarder. L'association qui entend remplir une fonction précise, celle de l'enseignement au adultes, se revendique d'un mouvement d'ensemble pour le maintien et le redéveloppement de la plus vieille langue d'Europe.

AEK, à l'instar de Seaska pour l'enseignement en basque aux enfants, se conçoit comme un véritable service public populaire offrant à toute personne qui le désire la concrétisation d'un droit inaliénable : celui d'apprendre la langue propre au Pays basque. Au titre de ce service public qu'elle est seule à remplir, l'association dès sa constitution revendiquera un soutien financier des Pouvoirs publics. AEK, en plus d'organiser pratiquement les cours aux adultes, assumera donc une fonction politique revendicative : celle d'affirmer haut et fort qu'il y a urgence et que l'euskara ne pourra avoir un avenir que si les adultes aussi l'apprennent et que les autorités facilitent cet apprentissage par tous les moyens en leur pouvoir.

Deux phrases résument alors le corpus idéologique d'AEK : " Euskara da helburua eta aldi berean bidea " ainsi que " Euskara da helburua eta aldi berean bidea " . La première signifie que sauver et redévelopper la langue basque ne sont pas que des objectifs à long terme mais un processus qui démarre ici et maintenant en donnant sans tarder à l'euskara sa fonction d'outil de communication. Non pas l'euskara demain, pour nos enfants mais moi aussi dès aujourd'hui, pour l'euskara. C'est un pari, un engagement individuel (je change de code linguistique dans mes relations chaque fois que c'est possible) et collectif (travailler pour que ce mouvement s'étende à toute la société du Pays basque) en faveur de la ré appropriation de l'euskara. Apprendre le basque va au-delà d'un simple enrichissement personnel. C'est aussi devenir un acteur de ce mouvement, un-e militant-e de la langue basque.

La deuxième exprime l'objectif fonctionnel d'AEK face à une réalité qu'on ne peut masquer : la diminution du nombre de locuteurs par le décès des plus âgé-e-s et l'échec relatif de la transmission familiale. Il faut rechercher l'efficacité, trouver les moyens pédagogiques pour rendre rapidement les apprenant-e-s aptes à communiquer en basque.

Ces principes marqueront la spécificité d'AEK et induiront des changements comportementaux en profondeur de la part d'un large public. A la fin de 1980 AEK existe donc comme coordination des cours de basque aux adultes sur l'ensemble des sept provinces. Les choses sérieuses peuvent commencer.

Les pages qui suivent évoquent l'histoire de l'association en Pays basque Nord, relativement autonome et spécifique par rapport à celle du Pays basque Sud. Ecrites par l'un de ses acteurs et observateur privilégié par la fonction qu'il occupe dans l'association, elles n'ont pas la prétention d'un travail d'historien mais apportent un témoignage, forcément partiel et engagé.

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